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histoire des variolites (1)

Des origines à la Durance

Histoire résumée de la formation des variolites  et de leur fabuleux parcours des Alpes à la Méditerranée.

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Ce site, réalisé par des passionnés, se propose de vous faire mieux connaître les variolites

De quoi s'agit-il?

 Les variolites sont des roches que l'on trouve dans le sud de la France, sous la forme de simples, mais beaux galets. Ces galets ont été charriés au cours des temps par la Durance, depuis sa source à Montgenèvre, dans les Hautes-Alpes, tout au long de son cours, jusqu'à la côte méditerranéenne, entre la Crau et Montpellier. D'autres variolites, celles du Queyras, ont également été transportées vers la Durance par le Guil. Transformés depuis des siècles en amulettes ou en talismans, ces galets de variolites intriguent et passionnent.

Débutons ce récit par quelques lignes d'histoire géologique, en laissant à une variolite le soin de vous la raconter.

 

Mer ou montagne?

«Je suis une roche née au fond de l'océan, il y a très longtemps, à une époque où de grands volcans y répandaient leurs laves. Au contact de l'eau de mer, la lave se refroidissait très vite. Apparaissaient alors de petites pustules rondes qui m'ont donné l'aspect que j'ai aujourd'hui: une roche vert-sombre parsemée de taches claires rappelant les sinistres boutons de la variole (photos enfants atteints). D'où ce nom de variolite. J'aurais pu rester longtemps au fond de mon océan, mais au moment de la formation des Alpes, j'ai été transportée en altitude, tout là-haut, non loin de Briançon, au sud du col de Montgenèvre. Depuis, la pluie, la neige, le gel m'ont attaquée et transformée en blocs de plus en plus petits, roulés, polis, puis transportés au fil du temps par les cours d'eau dans la Crau, au sud de Salon et, plus loin vers l'ouest, jusqu'après Maguelone, là où l'on peut me retrouver aujourd'hui, dans des alluvions de l'ancienne Durance».

 

C'est avec d'autres mots que le géologue raconte cette aventure. Que dit-il?

Il y a environ 160 millions d'années, au Jurassique moyen, des mouvements de convection apparaissant dans les roches du «manteau supérieur», moteur de ce que l'on appelle aujourd'hui la «tectonique des plaques», faisaient naître, entre le continent eurasiatique et le continent africain, une «dorsale» ou ligne de volcans qui épanchaient des laves basaltiques. Sous l'effet de cette gigantesque poussée, les bordures de la dorsale ont commencé à s'éloigner l'une de l'autre, le vide ainsi créé se remplissant d'eau de mer et donnant peu à peu naissance à un océan, la Téthys. Au fond de cet océan, comme on peut l'observer à l'heure actuelle sur la chaîne sous-marine méridienne de près de 10 000 km de longueur qui coupe l'Atlantique en deux, les coulées de lave s'empilaient sous la forme de coussins ou d'oreillers, de 1 à 2 mètres de long et de 0,30 à 1 mètre d'épaisseur, les «pillow-lavas» (de l'anglais «pillow» signifiant oreiller). Surgi à une température voisine de 1 100° et brutalement «trempé» au contact de l'eau de mer, le basalte refroidissait très rapidement. Cette trempe donnait naissance, en bordure des pillows-lavas, à de petites sphères de quelques millimètres de diamètre constituées essentiellement de minéraux silicatés blanchâtres, des plagioclases, ou vert pâle, des chlorites et des actinotes: Alexandre Brongniart (1770-1847), géologue, minéralogiste et directeur de la Manufacture de Sèvres , donnait à cette roche, dont le cortex avait une allure si particulière, le nom de variolite.

Pendant près de 90 millions d'années, les basaltes ont surgi tout le long de cette zone volcanique, les coulées s'étalant sur le fond de l'océan en s'éloignant peu à peu de la dorsale. A une vitesse de quelques centimètres par an, la Téthys s'élargissait, pour atteindre finalement une largeur de l'ordre de 1 000 km. A ces basaltes étaient associés des roches caractéristiques de la fusion, puis de la cristallisation du «manteau supérieur», des gabbros et des péridotites altérées et transformées en serpentinite: cette trilogie serpentinites, gabbros et basaltes est appelé le «cortège ophiolitique». Accompagnant et recouvrant ces roches, des sédiments déposés en mer profonde s'accumulaient, en particulier des boues à radiolaires, les radiolarites, constituées d'argiles et de squelettes de minuscules organismes monocellulaires.

Puis, sous la poussée de l'Afrique, la Téthys a commencé à se refermer, provoquant la formation de la chaîne alpine. Cette phase orogénique a débuté au Crétacé supérieur, vers 70 millions d'années, et s'est poursuivie par une phase paroxysmale à l'Eocène, au début du Tertiaire, il y a 40 millions d'années. Peu à peu, les sédiments et les laves déposés au fond de l'océan ont été plissés, charriés les uns sur les autres, puis soulevés, et finalement exondés pour constituer les montagnes des Alpes. On peut aujourd'hui les observer non seulement dans le Queyras, mais aussi sur les sommets qui culminent à l'est de Briançon, près de la frontière italienne, en particulier à plus de 2 300 m d'altitude, dans le massif du Chenaillet, là où sourdent les diverses sources de la Durance.

Aux aventuriers que la géologie en moyenne montagne intéresse, nous ne pouvons que recommander la magnifique excursion du Chenaillet qui, en quelques heures de marche à partir du col de Montgenèvre, leur permettra d'observer, d'ouest en est, les différentes roches de cette série ophiolitique:

 

- d'abord, les sédiments océaniques jurassiques, et en particulier des radiolarites, au Rocher de la Perdrix;

- puis la série ophiolitique elle-même avec:

- les péridotites transformées en serpentinites de la Cabane du Douanier;

- l'association gabbros-filons de basalte en montant au sommet du Chenaillet;

- l'association basaltes et brèches de basalte au col du Souréou;

- enfin, la magnifique falaise constituée de basalte en oreillers du Collet Vert.


L'aventureux transport...


Depuis la formation des Alpes, que s'est-il passé? Les roches surgies du fond de la Téthys ont, dès la fin de l'ère Tertiaire, subi l'attaque de l'érosion sous toutes ses formes, en particulier l'action mécanique des alternances de gel et de dégel et l'action chimique des eaux de pluie. Petit à petit, les débris des roches altérées ont été entraînés vers l'aval par les eaux de la Durance, et, parmi ces débris, les morceaux de variolite de différentes tailles que l'altération mettait à leur disposition. Le long des berges de la rivière, ainsi que dans la Crau et loin à l'ouest du delta du Rhône, on peut trouver dans les anciennes alluvions de la Durance les galets de ces roches que les processus d'altération et de transport ont longuement polis. Mais au cours du temps et de leurs lents et lointains déplacements, les galets de variolite n'étaient plus très nombreux parmi les millions de blocs détachés du Chenaillet ou du Queyras. Et à force d'être frottés à d'autres blocs de pierre, roulés et déplacés, les blocs de variolite ont vu leurs arêtes vives peu à peu émoussées, puis les galets sont devenus plus petits, plus légers et parfaitement lisses et polis.


Laissons encore la parole au géologue.

 

On peut reconstituer, en étudiant la localisation et la nature des dépôts alluviaux, l'histoire des différents cours de la Durance et de ses deltas, ainsi que celui du Rhône, pendant la période qui va du Miocène à l'époque actuelle. Cette histoire est évidemment en relation directe avec les divers épisodes tectoniques qui ont affecté le sud de la France et avec l'évolution du climat.

Au Miocène inférieur et moyen, il y a 12 à 20 millions d'années, une partie de la Téthys existait encore et s'étendait du delta du Rhône actuel jusqu'à Vienne en Autriche. A la fin du Miocène supérieur, au Tortonien, il y a 12 millions d'années, les mouvements tectoniques entraînaient la mise en place, dans les Alpes françaises, des principaux reliefs que l'on connaît aujourd'hui. L'attaque des roches par l'altération météorique et l'érosion étaient très actives. Une «paléo-Durance» existait déjà qui, en aval de Sisteron, creusait le pertuis de Mirabeau. Au Pontien, il y a 5 à 7 millions d'années, le Rhône et la Durance avaient un delta commun.

Au Pliocène supérieur, à la fin du Plaisancien, il y a 2 millions d'années, le cours supérieur de la Durance, en amont de Sisteron, s'écoulait vers le Bas-Dauphiné, par le cours du Drac actuel.

Nous arrivons au Quaternaire. Pendant la très longue période de 400 000 ans qui sépare les épisodes glaciaires du Mindel, il y a 600 000 ans, et du début du Würm, il y a 80 000 ans, la Durance continuait à déposer ses alluvions alimentées, entre autres, par les ophiolites du Chenaillet. A l'époque, ce fleuve empruntait le seuil de Lamanon, au nord de Salon-de-Provence, puis formait un delta dans ce que sont aujourd'hui la Crau de Miramas et la Crau du Luquier: c'est là que l'on peut observer des galets de variolite et de diverses roches vertes en provenance des Hautes-Alpes. Puis, poursuivant sa route, la Durance allait se jeter dans la Méditerranée, à hauteur de l'Étang de Berre.

Il y a environ 50 000 ans, au maximum du dernier épisode glaciaire du Würm, le cours de la Durance était occupé par un glacier qui s'étendait de Montgenèvre à Sisteron. Pour un temps, les variolites restaient bien tranquilles sous leur chape de glace. Les eaux de la Méditerranée étaient alors descendues à un niveau proche de la cote – 100 m par rapport au niveau actuel.

Puis les glaces ont commencé à fondre, au Flandrien, il y a 8 000 à 6 000 ans. Peu à peu, le niveau de la Méditerranée a remonté. La Durance a de nouveau changé de cours, abandonnant le seuil de Lamanon et allant, par le seuil d'Orgon, se jeter dans le Rhône à hauteur d'Avignon. L'histoire des alluvions de la Durance, en aval d'Avignon, où apparaissent de nouveau des galets de variolite, se confondait alors avec l'histoire du delta du Rhône. L'un des plus anciens «bras» du Rhône, le bras de Saint-Ferréol, coulait vers l'ouest et déposait ses alluvions loin au-delà de Montpellier. Les courants marins et les tempêtes charriaient les alluvions le long de la côte et créaient des «cordons littoraux», ménageant, entre la mer et la terre ferme, des étangs et des lagunes. Le Lido est l'un d'entre eux, constitué de grès de Carnon, de débris de corail et de sables. C'est là que l'on découvre, en particulier à Maguelone à Palavas et aux Aresquiers, des galets de variolite, seules «migrantes» à être encore visibles, les sables actuels ayant partout ailleurs recouvert le cordon littoral primitif.


Que conclure après ce bref résumé de l'histoire géologique de cette roche tout à fait particulière qu'est la variolite? Le trajet a été long, au cours du temps et à travers l'espace, qui a conduit cette roche exceptionnelle depuis les sommets des Alpes briançonnaises jusqu'à la région de Montpellier. Le trajet a été aussi aventureux puisque, pour de multiples raisons, on peut trouver cette roche dans des lieux inattendus. C'est ainsi qu'on retrouve des variolites sur les plages Gaston Deferre à Marseille. En effet, ces plages artificielles sont érodées par les courants marins: elles doivent donc être régulièrement «rechargées» avec des galets que les services d'entretien de la ville vont chercher dans la Crau toute proche...

Texte écrit en partenariat étroit avec Mr Guy BONIFAS géologue 13 MARSEILLE. 
Un grand merci à lui.

VOIR DES VIDEOS SUR CES SUJETS

 

Ci dessus une belle variolite de la Durance dans la montée vers la cathédrale des Doms

 à 2 pas du palais des papes d'Avignon
Ci contre la plage de Maguelone

 Suite de l'histoire des variolites 

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