variolite.fr

Chronologie : Marc Antoine louis Claret de La Tourrette 1774

 

                                                    retour                                                                                                         

          Lire ce rapport de plusieurs pages d'observation ,d'analyses chimiques et physiques sur les VARIOLITES, dont la découverte (non confirmée après lui, mais reprise pdt des siècles) d'argent natif de 1774 est passionnant !

C'est l'un des plus anciens textes disponible consacré aux variolites (de la Durance en particulier), tous les scientifiques qui suivirent y firent référence ..

Lettre de Monsieur de la Tourrette à Monsieur l'abbé Rozier sur les variolites de la Durance  

  parue dans " Journal d’observations sur la Physique, l’ Histoire naturelle et sur les Arts et Métiers

  de l'abbé ROZIER  en  octobre 1774  ,( revue considérée comme l'ancêtre de "science et vie")

 

Il faut dire que sa découverte d'argent natif au sein de galets fit sensation. Quelle ne dût pas être sa joie et sa fierté ce jour là.

Homme de réseau, ( franc-maçon), frêre du ministre de la marine sous Louis XVI, ami ou en contact avec les grands esprits de l'époque, on peut imaginer sans peine que leurs discussions sur cette découverte et donc sur les variolites, durèrent au moins quelques années, relayées ensuite par de grands projets et réalisations qu'il entreprit. Je ne puis ici faire la biographie complète de Marc Antoine louis Claret  de La Tourrette, mais il est passionnant de survoler une partie de son itinéraire humain et scientifique dans les lignes ci dessous(Je pré-sens d'ailleurs qu'il en sera de même pour différent auteurs à découvrir dans la chronologie des publications sur les variolites à venir....) Ce passionné abandonna un poste confortable de conseiller à la cour des monnaies pour se consacrer à son grand oeuvre, l'histoire naturelle en général puis la botanique en particulier.

Nul doute qu'il en discuta plus d'une fois avec les uns ou les autres de ces "hauts " personnages, même si l'ensemble de son oeuvre n'a put laisser que peu de temps pour un sujet  précis ou particulier, tel que celui ci, d'autant qu'il ne fût pas repris par d'autres comme étant la découverte du siècle, ni même confirmé par les analyses suivantes. ( Le très récent intérêt en 2011 pour l'exploitation des fonds marins profonds, à proximité des dorsales océaniques et les richesses en minéraux rares de ces fonds de par le mode de leur formation rend très possible la présence de matières précieuses captées lors de la solidification soudaine du magma chargé de ces matières..)

Cette fameuse lettre à l'abbé Rozier, son ami, son partenaire scientifique, est en fait  un article scientifique de l'époque destiné à paraître dans l'un des premiers " magazines "scientifiques. Etait-il l'équivalent actuel  de "Nature" ou de "science et vie", les spécialistes nous le dirons peut être?

En revanche, article Cité et repris à maintes reprises par la suite ( BUFFON,....) il est évident que cette découverte fût de notoriété publique dans le milieu en tous cas, mai sne fût probablement l'origine de" l'immense fortune" laissé par son neveu JJ Claret de Fleurieu tel qu'en témoigne ce compte rendu des archives du Rhône ( Mort de M. Jean-Jacques Claret de Fleurieu, trésoriergénéral de la compaguie Perràche, âgé d'environ 60 ans. Il était petit-fils de Jacques Annibal Claret de la Tourrette de Fleurieu , qui a été prévôt des marchands et président de la cour des monnaies. Marc-Antoine-Louis Claret de la Tourrette , ami de J. J. Rousseau , botaniste célèbre , secrétaire perpétuel de l'académie de Lyon , et le comte Charles Pierre de Fleurieu , ministre de la marine et ensuite sénateur , connu par divers ouvrages sur l'art de la navigation et les sciences qui y sont relatives, étaieht ses oncles. M. J. J. de Fleurieu laisse une fortune cônsidérable.)

 

 

Marc-Antoine-Louis Claret de La Tourrette , très célèbre naturaliste lyonnais,

Portrait de marc Antoine Louis de la Tourette , âgé de 18 ans,

par Valade, peintre du Roi. (1747)                                                 source photo autorisé COPYRIGHT   http://s.claretdefleurieu.free.fr site généalogique consacré à cette  riche et passionnante famille

Ami de JJ Rousseau Pastel de Maurice Quentin de La Tour, Jean-Jacques Rousseau, en 1753, (alors âgé de 41 ans) avec qui il eût correspondance très  suivie, de LinnéImage illustrative de l'article Carl von Linné  ,de l' Abbé François Rozier , de Claude Bourgelat ( fondateur de la 1° école vétérinaire du monde, en royaume de France, il y a 250 ans à peine)... 

il est certes plus connu pour ses talents de botaniste et notamment:Démonstrations élémentaires de botanique à l'usage de l'Ecole royale vétérinaire", mais cet érudit, secrétaire perpétuel de l'académie de Lyon, comme tous ceux de son époque, avait plusieurs cordes à son  arc et s'intéressait  à toutes sortes de domaines, et particulièrement ceux en vogue à l'époque des cabinets de curiosités de science naturelle ( zoologie, minéralogie, botanique). Son herbier est resté célèbre.

Quelques années avant la révolution Française, la méthode scientifique s'imposait et balbutiait ( vu de notre époque, mais était perçu comme la maîtrise enfin réalisée de l'Homme sur la Nature à ce moment  ), Un immense désir de connaissance et surtout  d'observation et de classification s'emparait des "grands esprits" du moment,( lire  à ce sujet le discours prémiminaire d'introduction à observations sur la physique ...) à mille lieues des préoccupations quotidiennes du peuple de France.

 

Ci dessous quelques "copier-coller" de documents GOOGLE BOOKS ( allié à Wikipédia ces sites sont une mine d'or pour les passionnés)

 Marc-Antoine-Louis-CIaret de Fleurieu de La Tourrette naquit à Lyon en 1729, entra dans la carrière que son père avait si honorablement parcourue, et devint conseiller à la cour des monnaies. Mais sa passion pour l'histoire naturelle se conciliait peu avec les devoirs de la magistrature; pour s'y livrer sans contrainte, il donna sa démission. Libre alors de suivre ses goûts favoris, il forma des herbiers considérables, rassembla les minéraux du Lyonnais, du Dauphiné et de l'Auvergne, et entra en relation avec les premiers botanistes de l'Europe : Linné, Haller, Adanson et de Jussieu. Toutes les parties de l'histoire naturelle l'intéressaient, mais il avait une prédilection particulière pour l'étude des plantes. Comme il désirait que ses travaux fussent de plus en plus utiles à son pays, il forma, dans un vaste parc qu'il possédait au-dessus de l'Arbreslc, une école forestière destinée à l'acclimatation des arbres étrangers et un jardin botanique dans lequel il eut bientôt rassemblé plus de trois mille plantes. Ce fut sa renommée de botaniste qui le mit en rapport avec J.-J. Rousseau, dont il reçut plusieurs lettres, et avec lequel il fit à pied un voyage à la Grande Chartreuse. « Que n'étes-vous des nôtres, écrivait le philosophe de Genève à « son ami du Peyrou, vous trouveriez dans notre guide, M. de La Tourrette, un botaniste aussi savant « qu'aimable, qui vous ferait aimer toutes les sciences qu'il cultive. » Leurs relations se maintinrent dans les meilleurs termes, et J.-J. Rousseau, si défiant et si morose, garda toujours un bon souvenir du savant Lyonnais. La Tourrette entra à l'Académie en 1754, et en devint le secrétaire perpétuel, vingt-trois ans après, pour la classe des sciences. II fut en correspondance avec Voltaire, qui en faisait le cas le plus grand. La Tourrette n'était pas entièrement absorbé par son amour pour la botanique; il aimait les arts, se connaissait en antiquités, et avait augmenté beaucoup la belle bibliothèque que son père avait formée à l'hôtel Fleurieu. Son rapport à l'Académie sur la jambe du cheval de bronze, qu'on avait retirée de la Saône en 1766, est bien supérieur aux trois lettres de Pierre Adamoli sur le même sujet. La Tourrette publia, en 1766, ses Démonstrations élémentaires de botanique (1); elles eurent plusieurs éditions et beaucoup de succès : sa relation d'un voyage au mont Pila parut quatre ans après. Il était membre de la Société royale de Nancy et prononça son discours de réception en 1750. On lui doit un examen impartial des conjectures sur l'incendie de l'ancienne ville de Lyon. Possesseur d'une belle fortune, il en faisait le plus digne usage, en secourant les pauvres et en aidant les savants et les artistes. Il mourut en 1793; son frère, le comte de Fleurieu, qui fut un moment ministre de la marine sous Louis XVI, appartient plus particulièrement à l'histoire littéraire du dix-neuvième siècle qu'à celle du dix-huitième.

(1) Les Démonstrations élémentaires de botanique furent faites en collaboration avec l'abbé Rozier pour les élèves de l'école vétérinaire de Lyon. Elles ont eu au moins quatre éditions ; la dernière, 1791, a été donnée par Gilibert. — Elle est en trois volumes in-8°, et accompagnée d'un atlas en deux volumes in-4°. La Tourrette a donné des articles à divers recueils: Conjectures sur l'origine des Belemnites (Dictionnaire sur les fossiles de Bertrand); — Mémoire surl'helminthocorton, ou mousse de Corse (dans le Journal de physique.) — Lettre contenant des recherches physiques sur les gnllinsectes. (.Mercure de France, Avril 1759). Réllexions sur la mort de M. de Fonteucllc, suivies de deux dialogues. (Choix littéraire, Genève, iu-8°). —On a de lui les manuscrits suivants:

Remarques sur les lyonnaisismcs. — Recherches ce observations sur îles os fossiles trouvés en Dauphiné. — Observations sur les bézoards tirés de quelques animaux. — Éloges historiques (en qualité de secrétaire perpétuel de l'Académie) de l'abbé Dugaibr, du cheiolier de Ville, de Noycl de Bellcroclie, de Croiet et de Hontinorillon.

 

 

NOTICE

SUR la Vie et les Ecrits de M. A. L. CLARET LA To V RRETTE.

C'isr dans !es travaux des Gens de Lettres, dans les fuccès qui ont marqué leurs pas dans la carrière qu'ils ont parcourue, qu'il faut chercher leur éloge; c'eit dans ie degré d'eftime que le temps accorde à leurs productions qu'on doit trouver cette appréciation jufte de leur mérite qui furvit à laflatterie cornue à l'envie; mais on aime à fuivte dans les détails de leur vie la route qu'ils fe font tracée", '.eur hiftoire , plus inftructive fpuvent que celle des grands événemens dont on ne connoit ni l'enfemhle ni íes caufes , préfente à i'émulation un aliment utile; d'autres y cherchent des détails privés avec cet empreffement qu'on met à connoître les traits & la phyfionomie d'un homme célebre. Combien ces motifs doivent-ils nous intérefler à faire connoître un Lvart recommandible, un homme de lettres laborieux qui cotif-.cra fa vie entière au defir d'être utile, un philofopbe modefle qui mit à fe dérober à fa gloire la même induftrie que d'autres mettent à l'acquérir , un fage qui fut apprécier la paix de la retraite & les da gers de la célébrité. Ceте fera point fon éloge que nous chercherons à tracer; en depofant fur fön tombeau cet écrit à la :ête d'un Ouvrage qui lui doit fa premiere naiíTance , nous nous bornerons au (impie récit de fes travaix; il aura luimême élevé le monument qu'une amitié te.dre & lincere cherche à ériger à fa mémoi-e.

Marc-Antoine-louis Clarf.t De La Tourrette baqunïLyon en Août 1710 de Jacque^-Annibal Claret de Fieurieu , Président à la Cour des Monnoies de Lyon , tniu к Prévôt des Marchand* & Commandant de la Ville; Membre de l'Académie , homme de Lettres lui-même" f -il n'eut pas de peine à inspirer le goût des fciences à fes trois fils, dont l'un l'eft fait un nom par fès travaux dans l'adminiftration de la Marine , & par un Ouvrage profond fur les Cartes marines.- C'eft au fein d'une famille ainfi vouée à la culture & à l'amour des lettres , au milieu d'une fociété choifie & réunie par les mêmes goû:s, que fe développèrent les heureufes difpofitions dont la nature avoit doué le jeune La Tourrette. Il fit fes premieres études à Lyon chez les Jéfuites & fous les yeux" d'un parent refpecbble ; il les finit au college de Harcourt à Paris.

Reçu dès l'âge de vingt - cinq ans à l'Académie des Sciénces & des Belles-Lettres de Lyon, à laquelle il s'eft depuis rendu fi utile , il fe livra pendant les premieres années à l'étude des Belles Lettres dans un temps où le choix & le mécanifme de l'expreffion , peut-être trop négligés depuis , fembloient l'emporter fur le fonds & le mérite même des idées; fon goût fe formoit à mefùre que les connoiffanees qu'il cherchoit à acquérir fe mûriffbient & s'accumuloient dans fa tête ; on a toujours reconnu le littérateur exercé , l'homme de goût, le grammairien ejeaét. dans celles de fes productions qui paroifloient le plus étrangères à la littérature ; ap-ès avoir ceffé d'en faire fon occupation , il en faifoit fon amufement ; on a vu de lui des vers de fociété qui attefrent fon çoût; il étoit nourri de la leéîure des bons poetes du fiecle d'Augufte & de celvii de Louis XlV, & jufques dans les derniers temps de fà vie il étoit en commercé de lettres avec les premiers Littérateurs de l'Europe.

Ce genre d'étude , fi difficile à fuivre loin de la capitale, loin du concours des gens de lettres , qui fe formant les uns par les autres , perdent néanmoins parleur réunion cette phyfionomie de caractère qui efl I'emprainte des ouvrages mûris & compofés dans la retraite; ce genre d'étude , difons-nous, ne fuffifbit point encore à l'imagination ardente & fage de La Tourrette. La charge de Confeiller à la Cour des Monnoies qu'il a exerce? pendant vingt ans avec zele & intégrité , ne lui ofiroit que des travaux peu analogues à fes goûts. De fréquens féjours à la campagne lui avoient in (piré l'envie

d'étudier les productions de la Nature. Lai du barreau, fatigué de l'étude aride d'une Jurifprudence oui dues fes contradictions ne lui prcfentoit que des réfuhars incertains , d'après lelquels néanmoins se décidoit le fort des familles , il réfolut à trente ans d'approfondir les lois de la Nature, plus fimples , plus fixes et dont le jeu uniforme & reglé eil indépendant du caprice des hommes.

I! s'appliqua d'abord à l'étude de la Phy fique et de l'Hiftoire Naturelle. Rival en quelque forte de Peirefc , il fe Via avec le médecin Peftaloizi; il étudia son riche cabinet, & promen.nt fes regards fur toutes les branches de l'Hiitoire Naturelle , il parut d'abord les fixer plus particulièrement fut laZoologie & fur la Minéralogie: dès 1763 il s'étoit formé une collection très-confidérable d mfeâes , & une fuite très-nombreufe d'échantillons de nos mines du Lyonnois , du Dauphiné & de l'Auvergne. La Botanique n'avoit pas échappé à fori attention j bientôt elle devoit l'occuper plus particulièrement.

Tandis que La Tourrette nourriñoit par une étude conftante le goût qui l'entrainoit vers l'étude de la Nature , le célebre Bourgelat, moufquetaire dans fa jeuneiTe, avocat un moment , chef de l'Académie du Roi entinte , né avec l'audace & les refïburces du géni. , doué de ce coup d'oeil rare qui cachela profondeur fous l'apparence de la légèreté , fongeoit , après avoir développé l'an de l'équitation dans l'application la plus fine &c la plus favante de fes principes , à tirer l'Hippiatrique de l'efpece d'oubli & de mépris où l'avoit plonge an empyrifme aveugle. Il rafTembloit fes matériaux; le fcalpel à lamain , déjà il a voit approfondi prfques dans fes détails les plus recu!és , l'anatomie de l'animal fournis à fon étude. Il préparoit , il follicitoit l'étabüíement fi utile des Ecoles Vétérinaires. A peine «voit-il obtenu l'agrément du Gouvernement pour fonder à Lyon l'Ecole-mere , que fon activité , le talent précieux de choifir Se d'employer les hommes qui l'entouroient, montrèrent aux regards du public étonné , cet établi ilement formé auifi-tôt que conçu , & confolidé dans fa maturité précoce au moment même de fa naiffance.

Il falloit donner aux Eleves la connoiffance des plantes Teme J. i

ufuelles , il falloit établir un jardin botanique i pofer de$ principes purs & folides pour les démonftrations ; ce fut à l'abbé Rozier & à La Tourrette que Bourgelat s'adreffa pour féconder fes vues. La Tourrette , fpécialement chargé du plan du jardin Se du foin de le meubler de plantes , s'y livra avec le zele qui l'enflammoit

Eour tout ce qui préfentoit quelque b t d'utilité; il étalit une correspondance fuivie avec les Profeffeurs de Paris & de Montpellier; bientôt par íes foins le jardin de l'Ecole , indépendamment des fix cents plantes usuelles à mettre en démondration , offrit aux amateurs la réunion d» plus de douze cents plantes alpines ou étrangères.

Quant à la partie de l'inftrucbon , La Tourretre fe joignit a l'abbé Rozier pour la rédaâion des Dém.nflrations élémentaires Je Botanique , publiées en 1766 en deux volumes in-S°. Ce fut La Tourrette qui en traça le plan , il en détermina la forme & fe chargea de l'introduâion: ouvrage précieux , dont l'exécution réunit le mérite de la concifion à celui de la clarté ; où les principes expofés avec la plus grande netteté , font développés dans l'ordre le plus propre à les rendre familiers & aifés à faifir; dans lequel, en un mot , on ne trouve rien à retrancher ni rien à ajouter , mérite rare que peu d'ouvrages élémentaires ont atteint & qui caractérisa Г' IntroduRion à la Botanique dès l'inftant de la publication. Telle fut l'idée

3u'en conçut le Public éclairé; auffi l'illuftre Bernard de uflîeu , et depuis, fon neveu fi digne de lui fuccéder, en ont-ils conftamment recommandé lalecture à ceux qui fréquentoient le jardin des plantes de Paris.

L'abbé Rozier fut charge de décrire les efpeces dont l'ouvrage devoit préfenter la démondration; la partie deferiptive que renferme le fécond volume de la premiere édition eft due à fon travail ; mais riche à tant d'autres égardv de fon propre fonds , il n'avoit ni la précifion , ni cette attention fcrupuleufe à ne rien omettre d'effetitiel, qui caraftérifoient fon digne collaborateur ; dès la premiere édition , fon travail dut beaucoup à la révifton qu'en fit La Tourrette ; à la féconds, celui-ci refondit ai neuf la partie des defeript ons , l'enrichit & la perfectionna. A tous ces titres il doit être regardé comme le principal auteur des Démonftrations élémentaires; fon filence , ioa défintéreffèment, fa modeftie en biffèrent la gloire à l'abbé Rozier , & jamais il ne fongea à rectifier à cet égard ni l'opinion du Public , ni celle même de plufieurs favans Botanices. Ha'.ler a fait l'analyle de Pouvrage con me appartenant en entier à l'abbé Rozier , & aucune réclamation ne parvint juiqu'à lui. Egalement attachés aux deux favans à qui nous en fommes redevables , nous ne faifons, en rendant à La To.irre te la tuftice qui lui eft due , que ce qu'eût fait l'abbé Rozier lui-rrêtne , s'il eûi eu à tracer l'hiftoire des travaux lit- , téraires de La ami.

Quelques années après la publication des Démonftratio- s de Botanique , La Tourrette mit au jour ( en 1770 ) la reJution de ion voyage au Mor.t-Pilar. L'A-'tevr »'y montre tour-à tour observateur attentif, phyficien éclairé , minéralogifte exercé , zoologifte profond & giand botanifèe. Dans la premiere partie , il détermine la htu non de la chaîne de nos montagnes sous-alpines , leur élévation , les ruisseaux et les rivières q;¡i leur doivent leur origine; il décrit les forêts qui en couvre t une grande çartie -, donne une idée du commet ce , des moeurs & de la conftitution des habitans; indique les minéiaux Se les pierres qui s'y trouvent, et carañerife les animaux qui y ont Spécialement fixé leur domicil. : tout y eft ort lente evec méthode, avec clarté, avec tlégance. La féconde partie , conf crée toute entière à la Botanique , eft intitulée Bounteon PïLttnfe; elle renferme , d'après la méthode & les principes de Linné , l'énumération d'un grand nombre de plantes rares, qui ne fe trouvent qu'au Mont - Pilât ou fur les montagnes du Bugey; fit cette énumération n'eft point un fimple catalogue; fouvent l'Auteur ajoute à la dénomination de Linné des obférv;.tions neuves qui annoncent un obler■vateur profond, un Botanifte confommé. Le premier, il y a indiqué plufieurs plantes très-rares qui n'étoient encore connues que fur les hautes Alpes Delphinales; on y trouve même une efpece neuve , YAilfma pamajjtfolia.

La Botanique eft encore redevable à La Tourret te de TOuvrage qu'il a intitulé Chlorh Lugduntnsïs , & que nous avons inféré dans le Syftema planurum Euroi a , où nous avions cherché à réunir en faveur des El< ves lu découvertes ck les obiervatiens de Linné fut la Bo

d a

tanique en général, & que nous avons cru enrichir par l'addition des Flores des différentes parties de l'Europe. Notre long féjour en Lithuanie ne nous ayant pas permis de fuivre nos recherches dans les Provinces qui nous avoifinent, nous ne crûmes pouvoir nous adreiTer qu'à La Тоцггеие pour la Flore Lyonnoife; nous arrachâmes cet ouvrage à l'efpece de réferve qu'il avoit pour fe montrer en pub'ic. Laborieux & mod.rte , toujours prêt à ouvrir fon heibier & fon porte-feuille , il cherchoit à fe rendre utile & craignoit de fe produire.

Ce petit ouvrage parut au commencement de 1785; abfolument neuf & pour le fonds & pour l'exécution , il étonna les Botaniftes par le nombre des efpeces qu'il renferme, fur-tout dans la cryptogamie. On s'etoit perfuadé & Linné croyoit lui-même, que nos Provinces méridionales étoient beaucoup n-.oins riches en MouiTes , en Lichens, en Champignons que les contrées du Nord: cette idée , accréditée par le peu de fuccès des recherches des Botanistes de Montpellier, devoit difparoîtrc d'après l'énumération des cryptogames de la Chloris Lugdunenfis , qui prouve que nous n'avons à cet égard rien à envier aux Suédois fle aux Allemands. Elle feroit plus complètement détruite encore , fi le Public avoit pu jouir de la nouvelle édition queLa Tourrette préparoit de fa Chloris , augmentée de plus de 500 eipeces , au nombre defquelles on compte plus de cent cryptogames. Nous en avons vu entre fes mains le manuferit achevé à l'époque du Siège de Lyon ; depuis il s'eft égaré. Si nos recherches ne font pas infrucïueufes , le Publie pourra jouir un jour d'un monument qui doit honorer la mémoire d'un favant fi digne de nos regrets.

Les Ouvrages dont nous venons de prefenter l'ana'yfe ne font qu'une petite partie des travaux de La Tourrette; de nombreux Mémoiies dépofés dans les porte-feuille« de l'Académie, une correfpondancc aflive &i fuivie avec les favans les plus diftingués de l'Europe , attellent fou goût pour l'étude & la vafte étendue de fes conr.oiflances. Les Naturalises ont apprécié fes Conjeäurcs fur l'origine des Belemnites , confignées dans le Diftionnaire des Foibles de Ber-.rand , parmi lefquelles il propofe fans l'adopter , celle qui paroît la plus probable; fa voir, qu<B ces corps fertiles ne font autre chofe que des pointes d'ouriîns. Ce fait eft bien démontré par les Echinites que nous avons obfervées dans le Cabinet de Seç.ier à Nifmes , & dans celui de Deluc à Geneve , fur lefquels on trouve encore des Belemni.res renverfées.

En Juillet 1761 , il fit inférer dans le Journal économique un Mémoire très-curieux fur 'es monßres végétaux; on xrouve encore dans fon Cabinet les monftruofités de ce genre qu'il avoit décrites, des branches de Frêne , des Tirhyrmles , des Chicorées finguliéremenr fafciées. Les Botaniftes ont accueilli avec empreffement le Mémoire qu'il a publié dans le Journal de РЬу fique fur YHclmintkoconcn ou Aloi'Jfi de Corfc; MonograpHe dans le goût de Linné de cette production marine , vraiment prccieufe par fes ufages, & peu connue en Botanique avant l'examen qu'il en a fait.

Le même Recueil contient d'autres obfervations de La Tourrette fur divers objets d'Hiftoire Naturelle que Tods partons fous filence, f.inft que celles qu'il a communiquées à Linné & à d'autres favans Nat iraliftes fur la Minéralogie & fur la Zoologie. Toutes ont pour objet des eipeces obfcures ou neuves qu'il a le premier débrouillées ou décrites , toutes prouvent qu'il favoit analyfer & difcerner les productions du regne animal avec autant de fagacité qu'il en mettoit à- déterminer celles, du regne végétal.

Nous n'avons jufqua prcfent parlé que de fes écrits, cherchons à fe fuivre dans fes j rdins , dans fes herborifations, à l'Académie, dans íes voyages , dans la fociété de fes amis.

Après avoir établi, en 176? , le Jardin de TEcoïé Vérérinaire , il ne tarda pas à en confier la direction \ fon ami l'Abbé RoziiR ; mais la fatisfeibon de voir de nouvelles plantes étoit un bcfoin pour lui. En 1766, il introduifit à La Tourrette au-defTus de l'Arbreffe, dansJe pre de fon pere & de fon frère aîné , tous les arbres £c les arbuftes étrangers qui pouvoient s'acclimater dans nos provinces. Pendant vingt an» il n'a pas perdu de vue ces uriies tentatives , réfultac d'une idée neureufe , к laquelle l'agriculture & 'es Arts pourroient devoir de nouveaux progrès. Oa peut voir dans fa ChxrU avec

quel fuccès il s'eft livré à fes travaux en ce genre , & il n'y a indiqué que les arbres & arbuftes qui ont vécu pendant vingt ans en pleine terre; il en a eiclu tous ceux q i n'ont .élifté qu'un an ou deux, ou qui ont iiKcombe plus tard à des hivers rigoureux.*

Ses оСч upations exigeoient qu'il pjfsât une partie de l'année à la ville ; pour ne point y perdre de vue son étude chérie , il s'étoit formé un jardin précieux oîi il a cultivé plus de trois mille efpeces de plantes étrangères tant en pleine terre que dans la ierre chaude. Dès qu'il étoit libre, il faiioit ou quelque voyage ou quelque herborifation ; toutes les années il paffoit deux ou trois mois chez un oncle à Dortens en Btigey, dans une ierre fituée au септе de plufieurs montagnes fousalpines qui lui ont fourni plufieurs plantes très-rares dont il a enrichi fa C/ilons. En 1768 , il fit avec 9. J. Rouffeau & l'abbé' Ro/.ier l'herborifation de la Grande-Chartreufe : on peut voir dans les lettres du Philofoplie Genevois (*) la confiance & l'eftime que LaTourret e avoit fii lui infpirer.

Quelques années auparavant il avoit parcouru l'Italie & la Sicile avec Barou du Soleil fon ami (**), il y avoit porté ce génie obfervateur à qui rien n'échappe, & ce goût des Arts que la vue de leurs plus riches produirions fait fi bien enflammer dans ces belles contrées : on peut juger de ce qu'il penfoit de l'Italie par les vers qu'il lut à l'Académie à fon retour (***) & dont

[ocr errors]

nous citerons un fragment qui nous montre l'imprerTicti qu'avoir fait fur lui le fpeftacle intéreflant de l'ancien berceau des Lettres & des Arts.

Deux fois la féconde Aufonie

Sous Augufte 8e fous Leon Oix
Va croître dans fes champs les palmes du génie,
Er fes nouveaux Ceïars furent les Médicis.
Tout paûe , tout finit -, cette féconde aurore
N"a brillé qu'un matin & s'eft éteinte encere.

Habitans paifibles 8c doux ,
On accourt fur vos bords des terres étrangères,

Mais c'eft la gloire de vos petes

Que l'on vient admirer chez vous.
Romen'eft plus qu'un nom , qu'une ombre d'elle-mime;

Elle a perdu dans fes reven
Le feeptre des talens comme de l'Univers.

Venife en fa foibleffe extrême
Trop fidclle peut-être à fes antiques lois,
N'a plus de Titien», 8c redoute Byfance

Que fon bras fournit autrefois.

Pour l'aimable 8c belle Florence ,

Gcmiffante autour des tombeaux ,
De longs voiles de deuil elle obfcutcit fes charmes,

Et répand d'inutiles larmes

Sur les urnes de fes héros.

Son gcût bien prononcé pour les Arts ne nuifît point pendant les fix mois qu'il employa à parcourir ce beau p¿ys , à l'obfervation confiante des productions de la nature; en parcourant fon cabinet & fon herbier , on eft frappé de la multitude de celles qu'il avoit recueillies, étudiées & déterminées. Suivant la méthode qu'il a constamment fuivie , il plaçoit à côté de chaque mordes notes fouvent précieufes, des obfervations neuves, des renvois infttuétifs aux Auteurs qu'il fàlloit confalter. Son cabinet n'étoit point, comme- tant d'autres, un ramas indigefte & confus de produirons étrangères & mal aflorties , égarées par leur déplacement & replongées dans le chaos d'où la ijarure les avoit tirées; mais une collection précieufe , un atelier d'étude dans lequel la férié des efpeces conilamment fuivie a'imettoit à la fois les individus les plus communs & les plus rares , préfentoit les richeflès des trois règnes dans leur enfemble , dans un ordre gradué & non par lambeaux épars; dans lequel enfin il avoit raflèmblé avec une prédilection . digne d'être, imitée par-tout, les productions particulières à nos Provinces. Auffi n'admettoit-il pas indifféremment les yifites des étrangers qui demandoient à voir fon cabinet; autant il étoit empreñe de l'ouvrir à ceux dont il pouvoit emprunter des lumières ou à tant d'autres auxquels il pouvoit en communiquer, autant il en rendoit l'accès difficile à ces voyageurs légers & fuperficiels qui mentent toujours en diiant qu'ils ont Tu ce qu'ils ne favoient pas voir.

Les fonctions de Secrétaire de l'Académie pour la partie des feiences que La Tourrette a remplies pendant plus de vingt-cinq ans avec un zele & une aflîduité dont il eft peu d'exemples, lui ont fourni l'occafton de fatisfaire à la fois fon goût pour les arts', fa paflîon pour l'hiftoire naturelle & cet attachement pour la ville qui l'avoit vu naître , dont il a donné des preuves fi multipliées , par fon zele à concourir à tout ce qui pouvoit augmenter fon luftre & le bonheur de fes habitans. La rédaction de l'hiftoire des travaux de l'Académie qu'il a long-temps partagée avec M. de Bory,(homme de bien , d'un caractère doux & fociable , Littérateur d'un goût exquis , connu par plufieurs Traductions ел vers des Odes d'Horace & par-quelques Poéfies fagitives , qui peignent le vrai Philofophe et le Savant aimable; malheureux comme tant d'autres Gens de Lettres, par fon infouciance pour la fortune , qui lui 6t trop négliger fes affaires dorneüiques ) attefte la grande variété de connoiflances. qu'il a fu réunir, la précifion & la facilité de fon travail : on peut encore mieux en juger par la correipondmee qu'il entretencit au nom de l'Académie avec plufieurs favans de l'Europe, & par les éloges qu'il a prononças dans ks féance* publiques des Académiciens. morts dans le cour* de l'année. On y retrouve toujours Y\rn\ttt\on des bons modeles , & lafineffe du coup d'œil qui caradèùfe le bon obfervateur.

Ma» peui-êtte ces travaux multipliés lui ont-ils dérobé des moment précieux qu'il eût pu confacrer à rédiger une fou\e d'obfervations qu'il avoit raflèmblées fur les productions naturelles de nos contrées. 11 avoit conçu le plan, d'une Flore Lyonnoife traitée en grand qui a и roi t offert ITu'ítoire critique des végétaux de nos environs & li cenfure impartiale des Auteurs qui les ont décrits, qui en ont donné des figures ou qui les ont indiques; Ü avoit raffemblé dans cette vue de nombreux matériaux & recueilli une fuite étonnante de variétés de chaque efpece: dans les genres nombreux , comme ceux des Ciilleîaits ( Galium s ) , des Campanules , des Moiiffes , des Lichens , des Champignons , &c. il fe pl. ifoit à fuivre les nuances multipliées par lefquelles la nature p ffe.d'une efpece à une autre , & jette entr'elles plufleurs variétés intermédiaires plus ou moins prononcées ; car , feflareur ridelle de Linné , il n'élevoit pas facilement un végétal à la dignité de l'efpece. Le plan qu'il avoit formé à cet égard n'a pas été exécuté.

Son attachement aux principes du Во ta ni ire Suédois avec lequel il étoit en commerce de lettres , n'excluoit point en lui l'eftime qu'il a témoignée pour les Bo anides qui ne partageoient pas l'enthoufbfme que lui avoit infptré cet illuftre Naturalifle ; il aimoit les ouvrages de Hafler, il admiroit la vafte érudition de l'un des dépréciateun les plus acharnés de Linné , du célebre Adanfon. La douceur du caractère de La Tourrette, l'impartialité. de íes opinions , lui avoient fait beaucoup d'amis; il méritoit d'en avoir. La correfpondance qu'il entretenoit avec !e; plus célebres Naturalises de fon temps & qui nous a pa.Té fous les yeux , montre tout à la fois combien ils prifeient en lui l'homme & confidéroient le favant d.ftirgué. Né avec les qualités du cœur & les graces de Tefprit qui rendent aimable , il favoit aimer ; prompt à «b/iger , combien n'a-t-il pas cherché autour de lui à encourager les talens de toute efpece! il s'appliquoit à les deviner , à les faire naître 6k à les développer. Combien parmi fes confreres & fes concitoyens n'en

eft-il pas à qui des confeils utiles rendront fa mémoire?

chère à jamais!

La Tourrette a terminé (à carrière paifible & tranquille à l'âge de 64 a >s; né d'une foible complexion, il n'avoir, сере dant point éprouvé de grandes maladies; fa fobriété & fa tempérance l'ont conduit fans infirmité à un âge affez avancé. Depuis quelques années il avoit éprouvé de gros rhumes & étoit devenu fujet à des anxiétés accompagnées d'une forte de jauniffe. Dans l'automne de 1793 , les fatigues & les inquiétudes que le Siège de Lyon rendirent communes à tous fes tabitans , lui cauferent une péripneumonie qu'il négligea; dès le quatrième jour les fignes de la gangrene fe développèrent, il ne recourut aux fecours de la Médecine qu'au moment où il ne pouvoit plus rien en attendre. Il fnccomba fous les atteintes d'une maladie dont il n'éroit plus temps d'arrêter les progrès. Il mourut avec la tranquillité d'un homme de bien & lx réfignation d'un fage.

Heureux d'avoir rempli utilement tous les momens de fa vie; on peut lui appliquer ce que Tacite dit d'Agricola: 11 le fut encore de terminer fa carrière au moment oïl les fureurs d'un nouveau Domitien fe préparaient à ne faire de la France qu'un vafte tombeau. Non , la philofophie douce qui a toujours caraélérifé La Tourrette , les talens qui le diftinguerent , fa modération & fa fageffe ne l'euffent pas défendu du glaive meurtrier alors encore fufpendu fur les têtes de tant de vicYimes immolées depuis à la fureur des frétions; fès vertus & fon nom euflent bien plutôt appelé fur la Tienne laproscription qui a, enfoui dans la même tombe tant de Citojens diftingués par tous les genres de mérite. Sa mort, peu prématurée peut-être, fauva un crime à la tyrannie; & lorfque nous gémiffons de l'idée de le voir expirer feul, loin de fes amis & de fes parens difperfés • lorfque nous cherchons vainement encore , dans la vafte folitude que la mort a établie autour de nous , à les interroger fur les détails de la vie privée de l'homme que nous pleurons , l'amitié eft forcée de trouver quelques motifs de confolatiort dans le bienfait de la Providence , qui daigna lui dérober un fpeûacle d'horreurs auquel il n'eût pas furvécu.

 

 

 

 

libre à vous de poursuivre les recherches sur ce grand Homme  google books regorge de textes anciens remarquables...

 

le site généalogique de la famille Claret de Fleurieu est par ailleurs très instructif http://s.claretdefleurieu.free.fr/